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La bibliométrie: Introduction

Qu'est-ce que la bibliométrie? quels sont les indicateurs? où les trouver? quelle importance pour un doctorant ?

Métrique / indicateur

Voir aussi

Pour citer ce guide

Bertignac, Catherine, Fouquet, Josiane, Marie, Emilie. "La bibliométrie". In UBL (Université Bretagne Loire). Formadoct. Rennes : UBL, 2010 (dernière maj le 11 novembre 2016). Disp. sur : http://guides-formadoct.u-bretagneloire.fr/bibliometrie

Cerner la notion de bibliométrie

La bibliométrie est l’application de méthodes statistiques et mathématiques pour mesurer, évaluer, étudier, la production et la diffusion d'ouvrages, d'articles et d'autres publications. Comme la scientométrie, la bibliométrie est une sous-discipline des sciences de l’information

La bibliométrie a produit des indicateurs qui sont aujourd'hui utilisés pour l’évaluation de la recherche, à différentes échelles : chercheur, équipe, laboratoire, établissement, pays, continent. Il serait difficile de faire une liste exhaustive des indicateurs de bibliométrie; la liste s'accroît d'ailleurs au fil des années. Sont présentés ici les indicateurs les plus connus.

Le doctorant est amené à entendre parler de bibliométrie, voire, en STM (SCiences, Technologie, Médecine), à utiliser des indicateurs bibliométriques :

  • lors du choix du sujet de thèse, pour évaluer l'environnement thématique
  • au moment de faire l'état de l'art sur un sujet, pour repérer et situer les revues et autres publications du domaine, ou repérer les unités de recherche spécialisées dans certains domaines
  • lors de la publication de ses propres articles, pour cibler son éditeur,
  • lors de la recherche de collaborations par son unité pour le montage d'un projet...

photo credit: bcostin via photopin cc

Un siècle déjà !

L'analyse de la littérature scientifique publiée de 1850 à 1860 dans le domaine de l'anatomie peut être considérée comme la première étude bibliométrique : Cole, F. J., Eales, N. B. 1917. The history of comparative anatomy. Part I: A statistical analysis of the literature. Science Progress, 11, 578-596.

En 1927, les références citées dans The Journal of American Chemistry, vont être utilisées pour aider les bibliothécaires à choisir leurs revues : Gross, P. L. K. & Gross, E. M. 1927. College libraries and chemical education. Science, 66, 385-389.

En 1934, la Loi de Bradford, du nom du documentaliste britannique Samuel C. Bradford, permet de modéliser la répartition des journaux par domaine scientifique, suivant le nombre d'articles et les thématiques de chaque journal. C'est encore une ressource pour les bibliothécaires.

Un vrai développement depuis les années 1960

Dans les années 1960, le chercheur américain, Eugène Garfield va marquer les sciences de l'information ; il crée l'Institute for Scientific Information (ISI) et développe la base bibliographique et bibliométrique Science Citation Index (SCI) suivie par les bases Social Sciences Citation Index (SSCI) et Arts & Humanities Citation Index (AHCI). Ces bases, qui sont centrales pour la bibliométrie institutionnelle, sont commercialisées aujourd'hui par Thomson Reuters sous le nom de Web of Science.

Une communauté de recherche se constitue petit à petit autour des usages quantitatifs, et de nouvelles revues apparaissent : Journal of The American Society for Information Science (JASIS, 1950), Scientometrics (1978), Research Evaluation (1991)

On assiste à la création d'une multitude d'indicateurs bibliométriques au cours de ces dernières années, et au développement de la "webométrie" à partir des algorithmes du "PageRank" (1998). Du domaine restreint de la bibliothéconomie, la bibliométrie se diffuse au sein du secteur de la recherche et de son administration.

Une variété d'outils bibliométriques

Il n'existe pas une base unique qui regrouperait toutes les publications de tous les chercheurs et l'accès à différentes bases bibliométriques dépendra surtout des moyens de son établissement de rattachement. Certains outils sont en accès libre : Google Scholar, CiteseerX, Citebase, Publish Or Perish, SCImago Journal & Country Rank ... Mais les outils les plus utilisés aujourd'hui dans l'évaluation de la recherche sont en accès restreint (abonnement ou autorisation) : Web of Science (Thomson Reuters), Journal Citation Report (Thomson Reuters), Scopus (Elsevier), SIGAPS.

Quels que soient les indicateurs utilisés, il est important de toujours mentionner la base à partir de laquelle ils ont été calculés. Les sources retenues dans la base, les types de publications, l'antériorité des citations, les corrections apportées aux affiliations par le producteur... sont autant d'éléments qui vont peser sur les résultats.

Les limites d'un système

Yves Gingras écrit dans la conclusion de son ouvrage "Les dérives de l'évaluation de la recherche" (Raisons d'agir, 2014), "la bibliométrie est essentielle pour cartographier de façon globale l'état des recherches à un moment donné et en un lieu donné, et ainsi dépasser les perceptions locales et anecdotiques. Elle permet également d'identifier des tendances à différentes échelles : régionale, nationale et mondiale, qu'il serait impossible de faire émerger autrement. La bibliométrie met aussi en lumière le fait que les pratiques de publication, de citation et de collaboration sont différentes selon les disciplines et les spécialités [...] Bien que très utile, la bibliométrie exige d'être manipulée avec beaucoup de prudence et de rigueur."

Comme dans cet ouvrage, la plupart des publications sur la bibliométrie font état des limites des indicateurs et mettent en garde les utilisateurs, notamment sur :

  1. Invisibilité : dans certaines disciplines, en particulier en sciences humaines et sociales, des revues scientifiquement importantes ne sont pas indexées dans les bases bibliométriques. Parmi celles présentes, les revues anglo-saxonnes sont très majoritaires ; les bases vont forcément couvrir davantage les recherches anglo-saxonnes que françaises, espagnoles ou suédoises. De même, les ouvrages et les actes de colloques, vecteurs importants de diffusion de la recherche, ne sont quasiment pas comptabilisés. Des domaines de recherche passent donc complètement inaperçus dans les analyses bibliométriques.
  2. Résultats différents selon l'outil utilisé : Si l'outil de Thomson Reuters a l'ancienneté pour lui, des résultats bibliométriques différents pour un même corpus de revues obtenus avec des outils concurrents (Scopus, notamment, mais aussi Google Scholar), font porter le soupçon sur ce type d'évaluation (Maya Bacache-Beauvallet, 2010)
  3. La valeur alléguée de l'article découle de celle de la revue : le facteur d'impact est utilisé comme indice de qualité de la revue. Le but recherché par tous est donc de publier dans des revues à haut facteur d'impact pour que l'article lui-même soit souvent cité. La valeur attribuée aux articles dans ce cas n'est plus intrinsèque mais dépend de la valeur que l'on accorde à la revue en fonction de son facteur d'impact.
  4. Facteur d'usage : les articles ne sont pas seulement destinés à être cités dans d'autres publications. Dans certains domaines leur lecture permet une mise en pratique (dans le domaine de la médecine et du diagnostic par exemple). Un article sur "l'état de l'art" sur un sujet intéressant de nombreux chercheurs ou la description d'une méthode d'analyse utilisable dans de nombreux laboratoires sera davantage cité qu'un article innovant dans un secteur de recherche très spécialisé. Calculer la valeur d'un article en fonction du nombre de citations obtenu par la revue dans laquelle il est publié ne donne qu'une image partielle de sa valeur.
  5. Rythmes de diffusion d'une revue : la limitation aux deux années d'antériorité est critiquée : à la fin de ce terme, un article de Nature connaîtra son pic de citations, mais tel article d'une autre revue à diffusion moins rapide ne connaîtra ce pic qu'au bout de 3 ou 4 ans. On observe également de semblables disparités entre disciplines : les articles peuvent être cités autant, mais sur une période plus longue, dans une revue en sciences sociales et dans une revue en sciences de la nature.
  6. Effet boule de neige : les outils bibliométriques favorisent un effet "boule de neige" : assez vite, un petit nombre de revues draine un nombre de citations tout à fait considérable, alors que des revues de qualité, mais à la base moins citées, tombent dans les oubliettes. Pour l'éditeur, il devient vital de maintenir sa revue dans la liste des 20% de revues qui obtiennent 80% des citations. Certaines revues en arrivent à des pratiques répréhensibles : inflation des autocitations, échanges de citations ...
  7. Nombre de mentions sur les réseaux sociaux : il est aujourd'hui réducteur de calculer la valeur d'un article à partir de son seul facteur d'impact. L'influence de cet article peut aussi se mesurer au nombre de fois où il fait l'objet de commentaires ou est cité sur les réseaux sociaux.
  8. Impact is money : Le facteur d'impact est devenu un argument commercial de premier ordre aux mains des éditeurs qui justifient ainsi les prix très élevés de leurs abonnements. Les producteurs de grandes bases bibliographiques jouent également sur l'ajout des indicateurs bibliométriques et des classements pour vendre aux établissements de recherche des services au prix fort.